Dans les années 50 et 60, les Expéditions Polaires Françaises étaient synonymes d’explorations passionnantes dont les acteurs étaient nimbés de l’aura des aventuriers. Rétromobile leur rend hommage, à travers les engins chenillés qui ont participé à ces fabuleuses équipées.
Deux fois, en 1934 et 1936, Paul-Emile Victor passe l’hiver au Groenland. Lorsqu’il crée en 1947 les Expéditions Polaires Françaises, son ambition est de développer les expériences scientifiques sur cette contrée méconnue. Le chien de traîneau ne suffit plus : des véhicules vont être indispensables pour transporter le matériel nécessaire...
Paul-Emile Victor a passé une partie de la Seconde Guerre mondiale aux Etats-Unis, où il a vu les Studebaker M 29 C « Weasel » (« belette ») en service. Il s’agit d’engins chenillés légers et amphibies, destinés aux surfaces meubles comme les sables des plages du Pacifique, ou les marécages de Birmanie. Et il se trouve qu’ils seront aussi envoyés en Europe. Robert Guillard, futur chef des opérations des EPF, se souvient : « Nous avons été informés, en 1947, que l’armée américaine gardait un stock de 700 Weasel en forêt de Fontainebleau, où étaient entreposées les réserves de matériel. On a commencé par en récupérer une quinzaine, puis beaucoup plus, dans d’excellentes conditions financières car l’armée ne savait plus quoi faire de ces véhicules. Seul problème, ils étaient plein d’eau, les bouchons de vidange n’ayant pas été enlevés… » Après les indispensables travaux de remise en état, les premiers Weasel sont débarqués au Groenland. En tout, plusieurs dizaines seront utilisés sur les deux pôles, de 1947 à… 1984 ! Preuve de la robustesse de ces engins sommaires. Comme tous les véhicules de l’armée américaine, ils ont été conçus pour des températures allant de – 40 °C à + 40 °C et ne demandent donc pas d’adaptation profonde. « Aux très basses températures, les problèmes pouvaient venir des joints, ou du démarrage. Nous installions des batteries de plus grande puissance et utilisions une huile très fluide, tout en veillant de près à l’entretien mécanique », poursuit Robert Guillard. Avec en complément un réservoir d’essence de plus grande capacité. Assez vite toutefois, le besoin d’un minimum de confort se fait sentir. « Comme souvent pour les véhicules militaires, ces Weasel étaient simplement bâchés, ce qui était assez précaire aux températures de – 45 °C que nous connaissions l’été, à 3 000 m d’altitude. » Il est donc décidé d’équiper les Weasel de carrosseries fermées, beaucoup plus confortables, dans lesquelles il est possible de dormir.
HB 40, le successeur
Les Weasel vont mettre du temps à trouver leurs remplaçants. « Le problème de ces régions, explique Christiane Gillet, alors responsable du bureau technique, est que vous devez traverser des zones côtières instables, boueuses, neigeuses, crevassées avec parfois des pentes sévères. Pour ne pas s’enfoncer, le véhicule doit respecter une faible pression au sol, inférieure à 140 g/cm2. Pour cela, le Weasel était bien adapté et, en plus, amphibie, ce qui est utile par exemple dans le blizzard. Des engins plus lourds genre snow-cats, conçus pour les grandes plaines du Canada, n’étaient pas la panacée. » Il fallait donc trouver autre chose. A l’époque, un ingénieur indépendant, Victor Bouffort, conçoit pour Fouga un véhicule chenillé léger. « Cet engin nous a intéressé, de même que l’armée, poursuit Christiane Gillet. Nous avons demandé à Bouffort certaines modifications, qui ont donné naissance au prototype VB 40 (40 faisant référence à la vitesse de l’engin). » Celui-ci n’est toutefois pas exempt de défauts, l’un des problèmes venant de l’origine de pièces mécaniques comme le moteur, non issues de la série. Un accord est donc trouvé avec Hotchkiss, rompu à la fabrication de matériel militaire, qui engage Bouffort. Ensemble, ils mettent au point le HB 40 (Hotchkiss Bouffort). « Nous avions avec ce véhicule une pression au sol de l’ordre de 150 g/cm2, ce qui était acceptable », précise Christiane Gillet. Plus performant que le Weasel, portant de plus lourdes charges, le HB 40 ne connaîtra pourtant qu’une carrière limitée. En effet, les EPF en utiliseront cinq, la production totale s’élevant à onze exemplaires. Des engins plus lourds lui succèderont, à une époque où les avions lourds pourront atterrir sur l’icecap et où les traversées de passages difficiles seront mieux maîtrisées.
L’expo. Rétromobile évoquera cette fascinante époque pionnière avec un Weasel, un HB 40 et un traîneau à neige, dans un mise en scène « polaire ». Par ailleurs, un espace de discussion sera aménagé, où vous pourrez rencontrer ceux qui ont participé à cette aventure il y a 50 ans. N’hésitez pas à leur faire raconter les passionnantes anecdotes qui ont émaillé leurs séjours sur les pôles.
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