L'Aérotrain de Jean Bertin : 430 km/h en 1974 !


Posté le
15 January 2008

Stoppé net alors qu’il allait aboutir, l’Aérotrain de Jean Bertin offrait une solution ambitieuse de transport très rapide. Avec son allure d’avion sans ailes, il fascine encore, 30 ans après sa conception. Rétromobile vous offre de prendre place à bord du second prototype…

Jean Bertin a consacré 20 ans de sa vie à travailler sur un procédé particulier de transport : le « coussin d’air ». A travers ses recherches, il a mis en évidence les atouts du phénomène d’effet de sol et mis au point des véhicules terrestres et marins. Parmi eux, l’Aérotrain reste le projet le plus ambitieux, presque abouti mais malheureusement contrarié par des circonstances et des décisions défavorables. En quelques dates, voici les grands moments de ce projet très avant-gardiste de Jean Bertin :

1917 : Jean Bertin naît le 5 septembre à Druyes-les-Belles-Fontaines, dans l’Yonne.

1938 : Le jeune homme fait ses études à l’école Polytechnique puis à l’école nationale de l’Aéronautique.

1944 : Il entre à la SNECMA dont il devient le directeur technique adjoint en charge des « études spéciales sur les moteurs et la propulsion ».

1956 : Jean Bertin créé la société Bertin & Cie qui est hébergée à ses débuts à Paris chez Gabriel Voisin, pionnier de l’aviation et ami personnel. A ses débuts, la société est spécialisée dans la réalisation de silencieux pour moteur d’avion à réaction.

1957 : Sous l’impulsion de Louis Duthion, ingénieur de la société, les recherches se concentrent sur le phénomène d’effet de sol. Ce « coussin d’air » offre en effet des perspectives intéressantes en vue de la mise au point de véhicules sans roue.

1962 :
Faute de partenaires financiers privés, la société Bertin & Cie travaille pour le compte de l’armée et met au point un véhicule de type Terraplane (aéroglisseur terrestre) baptisé « BC4 » qui connaît ses premiers essais le 7 janvier sur le site de Gometz-la-Ville (Essonne).

1965 :
Le premier prototype d’Aérotrain (01), dont le développement est mené parallèlement à celui des Terraplane (aéroglisseurs terrestres) et Naviplane (aéroglisseurs marins), circule pour la première fois sur un tronçon désaffecté de la ligne Paris-Chartres.

1966 : Le prototype 01 est officiellement présenté le 21 février devant la presse et atteint les 100 km/h en pointe, propulsé par une hélice d’avion, sur les 6,7 km du parcours prévu. Il se hisse même à 200 km/h quelques jours plus tard. Le 23 décembre, un nouveau record est établi à 303 km/h devant une assemblée d’officiels comprenant Olivier Guichard, directeur de la Délégation à l’aménagement du territoire, et André Ségala, président de la SNCF.

1967 : Equipé d’un moteur d’avion Fouga Magister, l’Aérotrain atteint le nouveau record de 345 km/h le 1er novembre. Face à ce résultat, le ministre des Transports, Edgard Pisani, passe commande d’un véhicule à échelle réelle (pouvant, selon le cahier des charges, embarquer 80 personnes à 250 km/h) prévu pour circuler sur une voie d’essai de 18 kilomètres entre Paris et Orléans.

1968 :
Pendant que les travaux se déroulent sur la ligne d’essai d’Orléans, le prototype 02, propulsé par un moteur Pratt & Whitney et une fusée d’appoint, bat un nouveau record à 422 km/h le 22 janvier sur la ligne de Gometz.

1969 : L’Aérotrain I80 destiné à la ligne d’Orléans est présenté le 7 juillet au Bourget. Le 13 septembre, installé sur sa voie d’essai, il atteint la vitesse de 250 km/h grâce à son hélice carénée propulsée par deux turbines de 2 200 chevaux.

1973 : Pendant qu’un nouveau prototype électrique intitulé S44 est mis au point, le I80 est modifié pour pouvoir atteindre de très grandes vitesses. Il est équipé en octobre d’un turboréacteur d’avion qui lui permet de voler immédiatement à 400 km/h.

1974 : Le 5 mars, l’Aérotrain signe avec une vitesse de pointe de 430 km/h (et une moyenne de 417,6 km/h) le record mondial dans la catégorie des véhicules terrestres à coussin d’air. Sous l’impulsion du président Georges Pompidou qui décède en avril, la société Bertin & Cie signe le 21 juin avec l’état français un contrat pour la création d’une ligne commerciale d’Aérotrain. Ce contrat est dénoncé par le nouveau président de la république, Valéry Giscard d’Estaing, le 17 juillet de la même année. Le choc touche de plein fouet Jean Bertin et tous les collaborateurs de la société.

1975 :
Jean Bertin décède le 21 décembre des suites d’une grave maladie. Trois mois plus tôt, la SNCF avait annoncé la mise en service d’un « Train à Grande Vitesse » (TGV) sur la ligne Paris-Lyon.

1977 :
Le dernier vol de l’Aérotrain Orléans rassemble les ingénieurs et techniciens de la société Bertin le 27 décembre. C’est la fin d’un des projets les plus spectaculaires et ambitieux du XXe siècle.

1991 : Après le pillage des locaux, le prototype d’Aérotrain électrique S44 est incendié dans un hangar de Gometz.

1992 : Même destin pour l’Aérotrain Orléans, stocké dans sa gare de Chevilly, détruit dans un incendie volontaire le 22 mars.

1999 :
Des passionnés redécouvrent l’aventure de l’Aérotrain et créent avec d’anciens collaborateurs de la société Bertin & Cie l’association des Amis de Jean Bertin.

2000 : Le prototype 01, miraculeusement préservé, et le 02, retrouvé en très mauvais état sur le terrain de l’ancienne société Bertin, sont restaurés par les bénévoles de l’association.

2004 : La structure monumentale signée de l’artiste Georges Saulterre représentant le prototype 01 de l’Aérotrain prend place le 29 juin sur l’emplacement de l’ancienne base d’essais de Gometz-la-Ville.

2008 : Le prototype 02 « survivant » de l’Aérotrain est présenté au public de Rétromobile à l’occasion de l’hommage rendu par l’association des Amis de Jean Bertin.


Avant, autour et après l’Aérotrain
L’Aérotrain est le véhicule qui a fait la renommée de Jean Bertin et de son équipe. Pourtant, il n’est pas le seul engin conçu par la société Bertin & Cie. D’abord, avant que le projet de l’Aérotrain n’aboutisse, il y a les « Terraplane » (ou aéroglisseurs terrestres) dont le premier modèle BC4 vola en janvier 1962. Cette première déclinaison à coussin d’air offre de larges perspectives de développement avec des engins capables de circuler sur des terrains non praticables, voire sur des cours d’eau. Elle permet en outre de valider deux autres solutions de transport : les Naviplane (aéroglisseurs marins) et l’Aérotrain. Pour convaincre des clients situés dans les pays africains ou au Canada, la conception des Terraplane est rattachée à celle des Naviplane au sein de la Société d’Étude et de Développement des Aéroglisseurs Marins (SEDAM), filiale de Bertin & Cie fondée en 1965. Malheureusement, cette stratégie commerciale ne donne pas les résultats escomptés et les Terraplane construits finissent leur carrière stockés dans les locaux de la société à Tarnos. Le destin des Naviplane n’est pas plus enviable. Malgré certaines réalisations mises en service en Méditerranée, sur la Gironde ou dans la Manche, les Naviplane sont progressivement retirés de leurs affectations pour des problèmes de conformité ou de rentabilité. Certains vont finir leur vie dans des hangars de Pauillac (Gironde) avant d’être ferraillés.
 

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